Entretien avec Bruno Burtre (VectraCom) (partie 1/2)

Vectracom, La Plaine Saint-Denis, (11 octobre 2010).

Bruno Burtre est Directeur Commercial pour la société VectraCom, fondée à Paris en 1991 par trois anciens ingénieurs de la Société Française de Production (SFP). C’est en 2010 que Bruno Burtre a commencé à travailler pour VectraCom, après la fermeture de la Sony Preservation Factory près de Dax. VectraCom est une entreprise spécialisée dans la sauvegarde d'archives audiovisuelles, qui propose une chaine complète de services de numérisation et de restauration des documents audio, vidéo et film ainsi que diverses prestations de post-production. Packed a rencontré Bruno Burtre pour en savoir plus sur ses années d'expérience à Sony, sur la façon dont on travaille à VetraCom et sur la gestion au quotidien des problématiques liées à l’obsolescence des formats.

PACKED : Quel est votre parcours, qu'avez-vous fait avant d'arriver à VectraCom ?

Bruno Burtre : En 1990, j'ai commencé ma carrière chez Sony en tant que « technicien supports » et j’ai ensuite été responsable pendant quinze ans du support des clients pour les bandes magnétiques, et en particulier les formats professionnels. J’ai aussi été responsable du packaging engineering, où nous nous occupions alors de tout ce qui concernait le design des cassettes et leur personnalisation lorsqu’il y avait une demande particulière de la part d’un client.

J’ai ensuite été « Directeur Qualité Europe » pour les produits magnétiques Sony. C’était à Dax où se trouvait l’unité de production où étaient fabriquées les Betacam1, les Digital Betacam2, les VHS3, les DV4 et les 8 mm5 pour toute l’Europe ainsi que pour une partie du marché américain.


PACKED : Quels étaient les formats destinés au marché américain ?

Bruno Burtre : Depuis 1991, toutes les cassettes Betacam SP6 vendues en Europe étaient produites à Dax, et une partie de la production partait également aux USA. Les cassettes Digital Betacam vendues actuellement aux USA sont fabriquées au Japon.


PACKED : Pourquoi avez-vous commencé à travailler sur la préservation des contenus chez Sony ?

Bruno Burtre : Nous avons commencé par créer un atelier de restauration pour les bandes magnétiques parce que de plus en plus de clients européens nous demandaient des solutions pour leurs archives. C'est en se penchant sur leurs problèmes que Sony a décidé de lancer un atelier de préservation. L’idée de faire cet atelier de restauration est venue assez naturellement, étant donné que nous savions comment les bandes étaient fabriquées et aussi comment les restaurer au mieux.

Denis Mahé, le technicien qui travaillait avec moi à l’époque est maintenant devenu le Directeur technique de VectraCom. Notre parcours est similaire, nous avons eu une formation audiovisuelle puis nous avons évolué dans le monde du broadcast au sein de l’entreprise Sony dans la fabrication de bandes magnétiques. À cette époque, des sociétés comme VectraCom étaient nos concurrents sur certains dossiers et ils faisaient partie de projets européens tel que PrestoSpace7.


PACKED : En quoi votre travail est différent depuis que vous êtes arrivé à VectraCom ?

Bruno Burtre : Chez Sony, nos efforts étaient essentiellement concentrés sur la sauvegarde du document, c’est-à-dire la numérisation des bandes. Nous ne savions pas faire de restauration et nous ne traitions que les bandes magnétiques. À VectraCom, nous transférons aussi bien des bandes magnétiques vidéo qu’audio, mais nous faisons également du transfert de télécinéma et de l’étalonnage en SD8, HD9 et 2K10.

Il y a ensuite toute la partie restauration, qui est réalisée avec des outils comme l’Arcangel11 qui permet une restauration en temps réel, ou encore avec des logiciels comme Revival12 et Nucoda13.


PACKED : Quels formats êtes vous capables de transférer ?

Bruno Burtre : Nous sommes en mesure de traiter tous les principaux formats professionnels et amateurs qui ont été produits en Europe : Le 2"14, le 1"IVC15, le 1"A16, le 1"B17, le 1"C18, le M219, le BETAMAX20, U-MATIC21, le BVU22, le 1⁄2" EIAJ et pré-EIAJ23, le 1⁄4" de pouce24, le VCR25, le V200026, le BETACAM, Betacam SP, le Digital Betacam, le DVCAM27, le DVC PRO28, le VHS, VHS numérique29, le D130 et D231. Pour presque tous ces formats nous possédons aussi des lecteurs NTSC32, ainsi que les Time-Base Corrector33 d’époque qui sont indispensables pour obtenir un signal utilisable avec des formats 1 pouce ou U-matic.


Nous sommes aussi capables de faire de la numérisation de films 16 mm34 et 35 mm35, en HD, 2K et très bientôt en MJPEG200036 et DCP37. Nous avons aussi un moniteur 819 lignes qui nous sert à faire du kinescopage pour certaines images d’archives.

Nous pouvons ensuite fournir les contenus sur tous les types de supports que souhaitent les clients et aussi effectuer des transferts de bande à bande sur Digital Betacam, HDCAM38, HDCAM SR39, DVCPRO 25/50 etc. Le seul support qui nous manque à l’heure actuelle est le DVC Pro 100 aussi appelé DVC Pro HD40.


PACKED : Utilisez-vous des machines de nettoyage pour les bandes ?

Bruno Burtre : Oui, nous utilisons une machine RTI41 pour le format U-matic et nous avons des machines Recortec42 pour les bandes 2 pouces. En revanche, nous n’en utilisons pas pour les autres formats. Le principe des machines de nettoyage RTI, est qu’elles font défiler la bande sur un tissu, ou un dusting paper comme on l’appelle, afin d’enlever les poussières présentes sur la bande. Or souvent, ces machines ne sont pas très fiables mécaniquement. Si la machine est encrassée et que de la poussière s’agrippe sur le tissu, il y a un important risque de rayer les bandes. C'est pour cette raison que ces nettoyeurs sont utilisés ici avec parcimonie et uniquement par des techniciens aguerris car ils n’ont pas la même précision mécanique qu’un magnétoscope. S’ils ne sont pas bien entretenus, on risque d’abîmer la bande au lieu de la nettoyer.

Pour nettoyer les autres formats, nous utilisons souvent le magnétoscope lui-même, c'est pourquoi nous avons deux types de magnétoscopes : ce qui servent à faire le transfert et ceux qui ne servent qu'au nettoyage. Ces derniers permettent en fait de ventiler la bande, en faisant une avance rapide ou un retour rapide. Dans certains cas, nous faisons même une lecture complète de la bande et la tête de lecture va alors servir au nettoyage, car quand une tête de lecture entre en friction avec une bande magnétique, son gros avantage par rapport à un tissu, c’est qu’elle va balayer la bande avec un coussin d’air de quelques grammes de pression, qui va chasser les particules indésirables. Bien entendu, ces particules vont ensuite se redéposer autour du magnétoscope, mais sans marquer la bande. Nous possédons tellement de magnétoscopes que nous préférons définir une machine pour le nettoyage, en y installant de vieilles têtes qui n’ont plus la protubérance nécessaire et qui ne peuvent plus être utilisées pour les transferts parce que la qualité d’image obtenue avec est trop mauvaise. En revanche pour nettoyer les bandes, cela s'avère très efficace.

Une machine de nettoyage Recortec pour bandes 2 pouces.
Une machine de nettoyage Recortec pour bandes 2 pouces.


PACKED : Une tête seule est quasiment aussi efficace que des couteaux et des papiers ?

Bruno Burtre : Oui bien souvent, et c’est surtout moins dangereux pour la bande. Nous avons traité une partie des archives U-matic de l’INA43, et la procédure qu’ils ont développée en collaboration avec Vectra om, consistait en une pré-lecture dans un magnétoscope dédié. L’idéal est donc d’avoir deux machines, une pour dérouler et l’autre pour faire le transfert. Dans les cas catastrophiques, nous utilisons les nettoyeurs RTI, comme quand les bandes collent par exemple.


PACKED : Est-ce que les bandes ont systématiquement besoin d’être nettoyées ?

Bruno Burtre : Je dirais que tous les formats récents peuvent être numérisés directement, j’entends par récents toutes les bandes datant d’après 1996-1997. Au-delà de quinze ans, une ventilation est nécessaire.

Nous utilisons ce système de ventilation de la bande avant la lecture, pour les formats du type 1 pouce B par exemple. Pour les 2 pouces nous possédons de très bons nettoyeurs sur lesquels quelques modifications ont été effectuées afin d’aspirer les particules et éviter qu’elles ne s’accumulent sur les dusting papers. Pour les cassettes U-matic, nous utilisons des nettoyeurs RTI ou d’autres magnétoscopes. Hormis le nettoyeur Samma44 pour les bandes de la famille Betacam qui est un très bon produit, les nettoyeurs RTI comme je l’ai dit sont un peu violents d'un point de vue mécanique. Cependant, bien utilisé ce sont de très bons produits, mais il ne faut pas les laisser sans maintenance. Les nettoyeurs Samma pour les bandes de la famille Betacam sont vraiment très bien étudiés, car ils ont un contrôle de l’encrassement du tissu qui est effectué en temps réel et qui permet d’augmenter la vitesse de défilement ou de dire à la machine qu’un autre nettoyage est nécessaire.


PACKED : Les lecteurs utilisés pour effectuer les transferts subissent-ils parfois des modifications?

Bruno Burtre : Oui, souvent les têtes d’effacement ont été déconnectées et reliées au châssis du lecteur, pour ne pas créer de problèmes de charges statiques, et aussi pour éviter d’effacer des archives, tout simplement. Ça paraît bête mais c’est une sécurité en plus. Parfois nous plaçons des petites languettes de papier à cet endroit pour faire un premier nettoyage.


Des languettes de papiers placées sur un lecteur de bandes 1 pouce.

Des languettes de papiers placées sur un lecteur de bandes 1 pouce.
Des languettes de papiers placées sur un lecteur de bandes 1 pouce.


Pour certaines machines nous avons dû refaire les châssis parce qu'elles avaient été entreposées dans des greniers et avaient été assez endommagées. Nous modifions parfois aussi une machine pour un format en particulier. Par exemple à un moment, il existait un modèle de lecteur 1 pouce qui était capable de lire des grandes bobines. Or, cette machine est très rare et nous avons dû modifier un lecteur standard en déportant l'axe afin que les grandes bobines puissent être lues.

Un lecteur de bandes 1 pouce de SONY modifié pour le transfert de grandes bobines.

Un lecteur de bandes 1 pouce de SONY modifié pour le transfert de grandes bobines.
Un lecteur de bandes 1 pouce de SONY modifié pour le transfert de grandes bobines.

De toutes les façons, à VectraCom, tous les capots des machines sont ouverts. Lorsque l'on travaille dans le domaine de l’archive, il est impossible de mettre une cassette dans un magnétoscope en se disant que le transfert va marcher du premier coup. Il y a toujours une cassette qui va coincer, s’abîmer, ou dont la bande va se rayer, déposer des résidus magnétiques et dégrader votre lecteur et donc aussi tous les transferts que vous allez faire par la suite. Lorsqu’il s’agit de vieux formats tous les transferts sont différents et se font au cas par cas.

Pour certaines machines les châssis ont été refaits.
Pour certaines machines les châssis ont été refaits.


PACKED : Utilisez-vous « un four » pour les bandes difficiles ?

Bruno Burtre : Chez Sony, nous utilisions neuf fois sur dix le baking pour les formats 2 pouces et 1 pouce B et de façon plus variable pour les cassettes U-matic. Le four permet de stabiliser le magnétisme, mais cet effet bénéfique ne dure environ que cinq jours et il faut donc transférer la bande dans cette fenêtre temporelle. À VectraCom, nous traitons généralement la bande dans les deux jours qui suivent sa sortie du four car il faut laisser le temps à la bande de revenir à une température ambiante. Sans révéler notre protocole exact, il y a successivement : une montée en température, la stabilisation pendant une certaine durée, et ensuite nous transférons la bande après une petite période de repos. Chez VectraCom, l’étape de nettoyage est réalisée après le baking.


PACKED : Pour quelle raison le baking précède-t-il le nettoyage ?

Bruno Burtre : Parce que lors du baking, la couche magnétique est régénérée et devient plus robuste en quelque sorte. Donc si un nettoyage est fait avant, il y a un risque que des particules qui pourraient être utiles après le baking soient perdues. Le baking n’est rien d'autre qu’un procédé qui est utilisé lors de la fabrication des bandes. Quand on fabrique une bande, on couche la peinture magnétique sur un support en polymère et une fois que cela est fait, la bande est laissée pendant deux jours à une température qui correspond à celle utilisée pendant le baking. Dans l'industrie, ce temps de cuisson est nécessaire pour que la couche magnétique du jumbo roll complet – c’est-à-dire le rouleau de bande magnétique qui fait vingt kilomètres de long – soit suffisamment robuste. Au fil des années, les liants, les colles et tous les additifs qui sont utilisés dans la fabrication de la bande se désagrègent. Lorsque l’on met les bandes à haute température deux phénomènes se produisent : on retire l’humidité qui s'est introduite dans la bande et on régénère un peu les liants. Donc si on nettoie la bande avant, on risque d'enlever des particules instables de la surface magnétique qui le seraient moins après le baking.


PACKED : La poussière présente sur la bande ne risque-t-elle pas de s'incruster si elle n'est pas nettoyée avant ?

Bruno Burtre : Non. Si la poussière est volatile, elle ne s’incrustera pas, car pendant le baking la température ne monte pas de façon trop importante, elle est proche de celle utilisée lors de la fabrication de la bande.


PACKED : Est-ce que le baking est un processus renouvelable plusieurs fois ?

Bruno Burtre : Je n'ai jamais lu ni entendu qu'il y avait des contre-indications et il nous est ici arrivé de le renouveler jusqu’à deux ou trois fois. Cependant pour nous, l’idée n’est pas de réutiliser la bande ultérieurement, car notre but est de numériser et de sauvegarder le contenu, et nous n'avons donc pas d'expérience sur ce qu’il est susceptible de se passer dans le temps ; une fois que le contenu est sauvegardé, les effets à long terme sur la bande ne nous importent pas.


PACKED : Quel type de four utilisez-vous ?

Bruno Burtre : Il s'agit d'enceintes climatiques basiques, qui sont aussi utilisées dans les services de contrôle qualité industriel. Elles sont régulées en température et en humidité, et permettent de faire des cycles de chauffage. Chez Sony, Elles étaient utilisées pour faire des tests avec une enceinte à 80 % d’humidité et à 45 °C, et une autre enceinte à 5 °C et 0 % d’humidité par exemple pour voir comment les bandes se comportaient.

Une enceinte climatique utilisée pour les opérations de baking.
Une enceinte climatique utilisée pour les opérations de baking.


PACKED : Quelles autres techniques de nettoyage utilisez-vous ?

Bruno Burtre : Pour les films, nous utilisons des systèmes de nettoyage Lipsner-Smith45 qui permettent de plonger le film dans une émulsion qui nettoie la surface du film. À VectraCom, trois techniciens savent se servir de la nettoyeuse Lipsner-Smith. Cette machine nécessite le port de gants et d'un masque, et un système d’extraction des vapeurs et des odeurs de solvants, parce qu’elle fonctionne avec du perchloroéthylène. Le mode opératoire est assez complexe, car il faut vérifier les solvants, nettoyer les guides, etc. Ce sont les opérateurs de télécinéma qui s'en servent car si le nettoyage est mal fait, ce sont eux qui auront la mauvaise qualité d’image pour faire le transfert.

Lorsque nous travaillions pour Sony, Denis Mahé avait développé une machine qui utilisait des solvants et des ultrasons pour nettoyer les bandes magnétiques. C’était un prototype qui utilisait une méthode similaire à la Lipsner-Smith ; nous trempions la bande dans une solution de solvants et ensuite nous la séchions. Nous nous en servions principalement pour nettoyer les bandes 2 pouces dîtes des « grandes années 3M », lorsque 3M avait eu la bonne idée de faire des flasques qui avaient de la mousse sur la face interne pour ne pas « abîmer » les bords de la bande. Le problème c’est qu’ils avaient collé la mousse avec une colle Néoprène qui ensuite allait sur les bandes. Dans le prototype que nous avions développé, le solvant venait désagréger la colle sans attaquer la bande magnétique.

Nous avions également développé une solution pour lubrifier la surface magnétique de la bande, que nous utilisions surtout pour les formats ½ pouce open-reel.

La machine de nettoyage Lipsner-Smith utilisée pour nettoyer les films à Vectracom.
La machine de nettoyage Lipsner-Smith utilisée pour nettoyer les films à Vectracom.

PACKED : Quel en était le principe ?

Bruno Burtre : Lorsqu’on fabrique une bande U-matic par exemple, on insère des agents de lubrification dans la peinture magnétique et après quelques années de stockage, on voit parfois apparaître de la poudre blanche sur les bandes. Cette poudre, peut avoir deux origines différentes : D'abord, il peut s'agir de moisissure comme sur des bandes audio des années 1950 par exemple, où l'on peut retrouver assez souvent de la moisissure sous forme de poudre blanche. Avant 1985 certains formats n’étaient pas traités avec des antifongiques mais au-delà des années 1985, leur utilisation était devenu un standard dans la fabrication des bandes chez Sony et chez la plupart des autres fabricants. C’est pour cela qu’à partir du milieu des années 1980, les bandes n’ont plus de problèmes de moisissures.

Dans les bandes récentes, cette poudre blanche est composée de lubrifiants qui se sont solidifiés en surface. Ceci indique que la lubrification de la bande est partie. Même avec un nettoyage pour retirer la poudre, une fois dans le lecteur, l’image disparaît au bout de cinq minutes. La seule solution, consiste alors à mettre une fine pellicule de lubrifiant sur la bande avec un chiffon.


PACKED : Donc c’était un procédé manuel ?

Bruno Burtre : À Sony nous avions développé un outil qui venait déposer la fine couche de lubrifiant par tempographie. À l'époque nous avions pu développer une machine pour le faire, mais ici c’est quelque chose que nous faisons de façon plus artisanale avec un chiffon directement sur la bande lorsque qu'elle est sur la machine.


PACKED : Vous n’avez pas pu récupérer cette machine lorsque que vous avez quitter Sony ?

Bruno Burtre : Malheureusement non, car Sony n’a pas voulu nous vendre les machines. Ceci dit, la machine en elle même n’avait rien d’exceptionnel, c'est plutôt le produit que nous avions trouvé qui l'était. Il s'agissait d'un produit qui entrait dans la fabrication de la bande magnétique, et le dosage avait été réalisé avec le laboratoire chimique de Sony. Nous avions pu à l’époque réaliser plusieurs tests, car pour que cela marche, il fallait un dosage assez précis. Avec un mauvais dosage, la bande collait encore plus et ne défilait plus du tout dans le magnétoscope. Le grand problème de la lubrification des surfaces, c’est que lorsque vous venez mettre une fine couche de produit, il faut pouvoir par la suite la sécher rapidement et suffisamment, car sinon la bande devient humide et ne glisse plus.


PACKED : Pouvoir développer ce genre de solution était un des avantages qu'il y avait à travailler pour une grande entreprise comme Sony.

Bruno Burtre : Oui, car il y avait plus d'employés, et des moyens plus importants. Nous avions quatre techniciens, ce qui nous permettait de faire de la recherche et du développement à côté des transferts. À cette époque, nous avons fait énormément de progrès. Nous pouvions faire des prototypes grâce à l’atelier de mécanique qui était capable d'usiner des pièces sur place et aussi grâce au laboratoire de chimie qui pouvait lui, élaborer des solutions. Pour une société de l’envergure de VectraCom, c’est bien entendu plus compliqué, mais l’avantage, c’est que Denis Mahé et moi sommes venus à VectraCom avec le savoir acquis et développé chez Sony.


PACKED : Est-ce que le phénomène de bande collante, concerne surtout les bandes U-matic et ½ pouce ?

Bruno Burtre : Ce problème existe aussi pour le 1 pouce B, où nous avons une expérience assez catastrophique avec certaines marques. Cela est paradoxal parce que j’ai vu les mêmes marques en Espagne et elles marchaient très bien. La chaine TVE à un gros projet de numérisation des bandes 1 pouce B, nous avions fait une étude pour eux et c’est la première fois que je voyais des bandes 1 pouce B fonctionner aussi bien. Toutes les bandes 1 pouce B que j’avais dû transférer auparavant qui venaient d’Allemagne ou d’Angleterre posaient énormément de problèmes.


PACKED : Était-ce lié aux conditions climatiques ?

Bruno Burtre : Oui, c’est un élément essentiel. Lorsque nous recevons un lot de cassettes, nous avons beau savoir qu’il s’agit d’U-matic produit en telle année, ou connaître toute autre information très précise, les conditions dans lesquelles les bandes ont été stockées font toute la différence. Sur deux cassettes U-matic identiques provenant de deux clients différents, l’une peut être très facile à transférer, tandis que l’autre posera d’énormes problèmes.

Nous venons de transférer des archives en provenance du Nigeria. Il s’agit des archives d’un festival d’art africain, le Festac46, qui a eu lieu en 1977 et le taux d’échec est ici de plus de 20 %. Il s’agit de bandes 2 pouces, 1 pouce et U-matic. Pour les U-matic, étant donné que les guides à l’intérieur des cassettes avaient rouillés, nous avons été obligés de démonter la cassette et de mettre la bande dans un nouveau boîtier pour pouvoir la numériser. Les nettoyer ou les lire tel qu'elles étaient aurait endommagé les bandes de façon irrémédiable. Toutes les bandes 2” Memorex de ce festival collent et bloquent les machines même après être passées par le baking et le nettoyage.


PACKED : Donc il y a certaines bandes qui sont identifiée comme étant plus problématiques que d’autres ?

Bruno Burtre : Oui, il y a des marques, qui selon les années sont connues comme étant problématiques. Par exemple, pour le 2”, les bandes Memorex de certaines années même après un passage au four et un nettoyage ont des problèmes d’encrassement, là où d’autres bandes vont fonctionner juste après un nettoyage, sans qu’il y ait besoin de baking. Cela varie donc selon les marques et les années, mais aussi suivant les formats. Parfois, pour les 2” par exemple, les Agfa vont très bien marcher, tandis que les 1” de la même marque vont poser beaucoup de problèmes.

Nous transférons actuellement pour l’Ina des bandes BASF 1 pouce B de la chaine RFO qui posent aussi des problèmes à cause du climat des départements et territoires d’Outre-mer. Sur cent bandes, nous avons un taux d’échec de 10 % car les bandes collent malgré être passée par le four.

Je sais que les bandes Fuji de format 1 pouce sont excellentes, mais chaque marque a aussi eu des hauts et des bas en fonction des formats et on ne peut pas dire qu’il y en ait une qui soit meilleure que les autres. Cela reste assez empirique. De plus, les petites marques étaient parfois fabriquées par les grosses marques.


PACKED : Était-ce alors juste le nom et l’emballage qui changeait ?

Bruno Burtre : Bien souvent oui, il y a des partenariats entre fabricants et peu de lignes de productions dans le monde.


PACKED : Certaines bandes « malades » nécessitent-elle d'être isolées des autres bandes ?

Bruno Burtre : Oui. Il m'est arrivé assez souvent chez des clients de sentir une odeur de vinaigre dès que j'entrais dans les archives. Or à Dax, nous avions fait des essais en mettant une cassette Betacam dans une enceinte climatique avec un bocal de vinaigre et les résultats étaient catastrophiques. Lorsqu'une bande magnétique est stockée dans un environnement vinaigré, la couche magnétique est attaquée et provoque des encrassements de façon très rapide. En nous basant sur ces études, nous conseillions toujours à nos clients de repérer et d’isoler tous les films vinaigrés.

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Notes

1Le Betacam est un format d'enregistrement vidéo professionnel sur bande magnétique développé par Sony à partir de 1982 et lancé en 1983. Les cassettes, dont la bande fait 1/2 Pouce de large, comme le VHS existent en deux tailles : S et L. C'est le premier format analogique professionnel permettant d'enregistrer de manière séparée les signaux de luminance et de chrominance.
2Le Digital Betacam ou DigiBeta est une version numérique du format Betacam. Pendant très longtemps il a été considéré comme étant le format idéal pour l’archivage des documents audiovisuels car il n’y a aucune perte de qualité générationnelle entre deux copies. Depuis que les évolutions technologiques ont mené vers un archivage de fichiers sur serveurs de disques durs ou de bandes, le Digital Betacam n'est plus le format de prédilection pour l'archivage vidéo.
3Le VHS, désigne une norme d’enregistrement de signaux vidéo sur bande magnétique de 1/2 pouce mis au point par JVC à la fin des années 1970. Sa diffusion grand public fut annoncée en 1976. Durant les années 1980 et 1990, le format VHS s’est imposé comme la norme de la vidéo grand public face à ses concurrents : le Betamax de Sony et le V2000 de Philips.
4On désigne par DV des cassettes sur lesquels on enregistre de la vidéo numérique en format DV (Digital Video). Les cassettes DV existent en deux formats : Les cassettes DV (taille "L") et les cassettes MiniDV (taille "S").
5Le 8mm désigne ici le Video8 et son évolution le Hi8, un standard d'enregistrement vidéo analogique pour les caméscopes grand public de Sony pour lequel 27 constructeurs ont acquis une licence.
6Le Betacam SP (SP pour 'Superior Performance') augmente la définition horizontale du Betacam à 400 lignes et jusqu'à 700 lignes pour les versions les plus récentes, la bande passante ainsi que la qualité sonore avec un nombre de pistes audio qui passe de 2 à 4. Le Beta SP deviendra le standard pour la plupart des chaînes de télévision jusqu'à la fin des années 1990.
7PrestoSpace est un projet européen qui s'est tenu de 2004 à 2008 sous la coordination de l’INA. Le projet PRETOSPACE visait à développer des solutions pour les millions d’heures d’archives audiovisuelles menacées par la dégradation des supports, la disparition des machines de lecture et les coûts élevés pour sauvegarder ce patrimoine.
8Le terme Définition Standard (SD) fait référence à une image d'une résolution de 480 lignes (pour le NTSC) et de 576 lignes (pour le PAL). La résolution décrit le nombre de lignes qui constituent l'image (rangée horizontales d'information visuelles).
9La haute définition (HD) désigne aujourd’hui les formats vidéo dont la résolution est meilleure que la définition « standard » (SD). Il existe actuellement deux résolutions pour la HD : 1080 ou 720 lignes.
10L'expression 2K signifie "2000". Il s'agit d'une abréviation provenant de l'unité de mesure kilo qui représente 1000. Une image 2K est une définition d'image numérique correspondant environ à 2048 par 1080 pixels soit 2 kilo-octets par ligne. Cette définition d'image est notamment utilisée par le cinéma numérique. (Source : Wikipédia)
11Voir : http://www.snellgroup.com/products/conversion-and-restoration/restoration/archangel-ph.c
12Voir : http://www.blackmagic-design.com/products/davincirevival/
13Voir : http://digitalvision.tv/media-bu/products/nucoda.aspx
14Le format vidéo 2 pouces quadruplex (aussi appelé 2" quad, ou simplement quad) était le premier format vidéo ayant un succès pratique et commercial. Il fut développé et mis sur le marché pour l'industrie de la télévision en 1956 par la société américaine Ampex.
15l'International Video Corporation, ou IVC, était une société californienne qui a fabriqué plusieurs modèles de magnétoscopes à usage industriel et professionnel. Leurs produits ont connus une grande popularité dans les marchés industriels et institutionnels. Les enregistreurs vidéo 1 pouce IVC de la série 800 sont des enregistreurs portables couleurs reel-to-reel à bande hélicoïdale d'une largeur de 25mm fonctionnant à 17,2 cm par seconde. (Source : Wikipédia)
16Le format 1 pouce type A est un format vidéo sur bande hélicoïdale open reel développé par Ampex en 1965. Ce fut l'un des premiers formats de bandes vidéo 1 pouce (25mm) standardisé, la plupart des autres formats de bande de cette taille étant à l'époque propriétaires.
17Le 1 pouce Type B est un format vidéo développé en 1976 par la Bosch Fernseh, une filière de Bosch en Allemagne. Sa bande d'une largeur de 1 pouce se trouvait sur une bobine. Il ne connut pas le succès de son concurrent direct le 1 pouce Type C.
18Le format 1 pouce de Type C est un format vidéo professionnel sur bobine qui fut co-développé et introduit par Ampex et Sony en 1976. Il remplaça le format qui dominait à l'époque à savoir le Quadruplex 2 pouces, du fait de sa plus petite taille et de la qualité vidéo légèrement supérieur des enregistreurs.
19Le MII (RECAM) est un format de cassettes vidéo professionnelles développé par Panasonic en 1986 en réponse au Betacam SP de SONY.
20Le Betamax est un format de cassette à bande vidéo de 1/2 pouce. C'est un format créé par Sony en 1975, destiné aux enregistrements de télévision domestiques.
21L' U-matic d ¾ e pouce est un format vidéo analogique qui fut développé à la fin des années 1960 par Sony et qui consistait en une bande de ¾ de pouce à l'intérieur d'une cassette. Son successeur sera le format Betacam analogique.
22L'U-matic a engendré deux dérivés : le BVU (Broadcast Video Umatic) introduit en 1978 et le BVU Sp introduit en 1988. Ces dérivés avaient pour but d'améliorer la qualité de l'image.
23 Le 1/2” open-reel est un format vidéo analogique lancé et 1965. La bande 1/2” n’est pas contenue dans une cassette mais sur une bobine ouverte. Ces bandes ont été utilisées dans les premiers magnétoscopes portables et ont été largement utilisées par des artistes, des enseignants et des activistes. Pour résumer, il existe deux catégories de 1/2” open-reel : CV (Consumer Video/Commercial Video) et AV (EIAJ Type 1). Bien que les bandes paraissent identiques, les lecteurs ne sont pas compatibles.
24Le Akai 1/4" est un format de bande vidéo produit par Akai Electric LTD de Tokyo au Japon. Ce système portable avec sa caméra était fourni avec un petit moniteur vidéo démontable et un modulateur RF (radio frequency) optionnel afin de l’utiliser avec un téléviseur.
25Le VCR (ou Video Cassette Recording) est un format d'enregistrement vidéo sur bande magnétique de 1/2 pouce, mis au point par Philips en 1972. Une version VCR LP (VCR-Long Play) a vu le jour en 1976.
26Le Video 2000 (ou encore V2000, Video Compact Cassette, ou VCC) est un format de cassette à bande vidéo de ½ pouce produit par Philips et Grundig, destiné aux enregistrements de télévision domestiques. Il a existé de 1979 à 1988 quasi exclusivement en Europe et concurrençait les formats VHS et Betamax.
27Le DVCAM est un format vidéo numérique développé en 1996 par la firme Sony. Il s'agit de la version « professionnelle » du Digital Video (DV). (Source : Wikipédia)
28Le DVCPRO est un format vidéo développé par Panasonic. C'est en fait une version professionnelle du format DV destinée à fournir un environnement complet de tournage et de post-production aux journalistes reporters d'images. Il en reprend les caractéristiques de base (format de bande, standard de compression, ...) mais s'en distingue par quelques différences fondamentales. Dans le DVCPRO, la bande n'est plus de type métal évaporé mais à particules métalliques couchées, ce qui la rend plus robuste. (Source : Wikipédia)
29Lancé commercialement à partir de 1998, le D-VHS (Digital Video Home System) est un format vidéo numérique développé par JVC en collaboration avec Hitachi, Matsushita et Philips. Le D-VHS exploite le même type de mécanisme et de support que celui des vidéocassettes de type S-VHS.
30Le D-1 est une norme SMPTE d'enregistreurs vidéo numériques introduit en 1986 grâce aux efforts des comités d'ingénierie SMPTE. Il a commencé comme un produit BTS de chez Sony et Bosch et a été le premier grand format de vidéo numérique professionnelle.
31Le D-2 est un format professionnel de bande vidéo numérique créée par Ampex et d'autres fabricants réunis au sein d'un groupe de standardisation de la Society of Motion Picture and Television Engineers (SMPTE).
32NTSC (National Television Systems Committee) est un standard américain pour le codage du système de couleurs vidéo. Il utilise 525 lignes à une vitesse de 30 images par seconde.
33Un appareil électronique utilisé pour corriger l'instabilité d'un signal vidéo durant la lecture d'une bande.
34La pellicule de 16 mm a été introduite par Eastman Kodak en 1923 comme une alternative amateur et bon marché au format conventionnel de 35 mm. 16 mm est en fait la largeur de la pellicule. D’abord destiné au marché amateur, l’industrie cinématographique l’a souvent considéré comme de qualité inférieure. Mais le 16 mm a été énormément utilisé par la télévision et l’est toujours par des auteurs de cinéma expérimental et d’autres artistes. Les principaux fabricants de pellicule de 16 mm aujourd’hui sont Kodak et Fujifilm.
35Le format 35 mm est un standard de pellicule photographique d'une largeur de 35 millimètres, créé à l’origine pour le cinéma. Il reste relativement inchangé depuis son introduction en 1892 par William Dickson et Thomas Edison. Le défilement standard pour le cinéma est de quatre perforations par image, soit environ 53 images par mètre. Le 35 mm a été désigné comme standard international en 1909 et est resté de loin le format dominant, grâce au bon compromis offert entre la qualité de l'image capturée et le coût de la pellicule. L'omniprésence du 35 mm en fait le seul format de l'industrie du cinéma, argentique ou numérique, à pouvoir être projeté dans la quasi-totalité des cinémas du monde. (Source: Wikipédia)
36MJPEG 2000 ou Motion JPEG 2000 est la partie 3 de la norme de compression d’images JPEG 2000 et est une application à la vidéo. Le principe est très simple : chaque image de la vidéo est codée au format JPEG 2000. Une vidéo MJPEG 2000 est donc une simple concaténation d’images au format JPEG 2000, moyennant quelques modifications mineures sur les en-têtes, de la même manière que le MJPEG est une compilation d’images JPEG. (Source : Wikipédia)
37Un Digital Cinema Package (DCP) est l'équivalent en cinéma numérique de la copie de projection, qui en cinéma traditionnel (en argentique) se présente sous forme de bobines de film argentique 35 mm. Un DCP compose un ensemble de fichiers informatiques (images, sons, sous-titres, métadonnées...) qui sont destinés à être stockés et joués dans la cabine de projection par un lecteur de DCP, couplé à un projecteur numérique.
38Le HDCAM est un format vidéo professionnel crée par Sony en 1997. Il s'agit d'un format numérique Haute Définition en 16/9 natif. (Source : Wikipédia)
39Le HDCAM SR est un format vidéo professionnel crée par Sony en 2003. Il s'agit d'un format numérique Haute Définition en 16/9 natif. (Source : Wikipédia)
40Le DVCPRO HD est un format de haute définition développé en 2000 par Panasonic, aussi connu sous le nom de DVCPRO100.
41RTI est une entreprise américaine qui vend entre autre chose des machines pour nettoyer et évaluer les bandes vidéo de différents formats comme le 1 pouce ou l'U-matic. Voir : http://www.rtico.com/products1.html
42Recortec était une firme de Silicon Valley, qui a construit des machines de nettoyage pour plusieurs formats de bandes.
43L'Institut National de l'Audiovisuel situé à Bry-sur-Marne à l'est de Paris, est dépositaire depuis sa création en 1975 de l'ensemble des archives de la radiodiffusion et de la télévision française. Elle a pour mission de sauvegarder, de restaurer, de conserver et de communiquer des milliers d'heures de programmes radiophoniques et télévisés. Voir l'entretien avec l'INA sur ce site : http://www.packed.be/fr/resources/detail/interview_ina/interviews/
44Voir : http://www.fpdigital.com/
45Voir : http://www.rtico.com/lipsner/
46Le Festac était un Festival des Arts et de la Culture du Monde Noir organisé en 1977 à Lagos au Nigéria.

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