Entretien avec L'Institut National de l'Audiovisuel (INA) (partie 2/2)

Institut National de l'Audiovisuel (INA), Bry-sur-Marne, (22 décembre 2009).

L'Institut National de l'Audiovisuel1, situé à Bry-sur-Marne à l'est de Paris, est dépositaire depuis sa création en 1975 de l'ensemble des archives de la radiodiffusion et de la télévision française. Elle a pour mission de sauvegarder, de restaurer, de conserver et de communiquer des milliers d'heures de programmes radiophoniques et télévisés. L'équipe du SNC2 est divisée en deux secteurs ; la Sauvegarde, qui est en charge de sauvegarder les archives en les migrant vers de nouveaux formats plus stables, et la Numérisation et Communication, qui est elle en charge de les numériser, et enfin de les communiquer aux clients.

Nous avons rencontré Gérard Mathiot, qui après avoir travaillé comme technicien de production et à la maintenance des équipements à l'ORTF puis à l'INA, est devenu responsable technique de la sauvegarde. Avec lui, nous avons suivi les différentes étapes de sauvegarde d'un contenu audiovisuel, depuis l'arrivée d'une bande au SNC, jusqu'à sa mise en ligne sur le site web ina.fr. L'objectif de cet entretien, était de déterminer comment l'INA, durant le processus de sauvegarde des bandes, gère l'obsolescence et les problèmes auquel font face les équipements de lecture. Alexandre Khuy technicien au sein du SNC et Michel Gouley, technicien au service de maintenance vidéo central de l'INA, ont aussi répondu à nos questions.

PACKED : Michel Gouley, vous travaillez au service de maintenance centrale de l'INA, vous occupez-vous des même types d'équipements que les techniciens de "la clinique" ?

Michel Gouley : Plus ou moins oui. Je m'occupe surtout de la maintenance régulière qui suit un calendrier calqué sur la durée de fonctionnement de chaque machine. Ici je fais de la maintenance en amont des problèmes, alors qu'à la clinique ils travaillent en fonction des problèmes qu'ils rencontrent lors d'un transfert. La majorité des machines sont des lecteurs Betacam, Betacam SP, Betacam numérique, qui sont utilisés intensivement pour le transfert ou la numérisation dans les Flexicart3. Mais il m'arrive aussi d'avoir à effectuer une maintenance pour des lecteurs U-matic ou 1 pouce.


Un robot Flexicart de Sony. (Photo : clubic.com)


PACKED : Pour l'entretien des lecteurs, qu'utilisez vous comme produit ?

Michel Gouley : J'utilise de la bombe Isonet pour nettoyer les composants, mais pas d'alcool isopropylique car cela dessèche les pièces de la mécanique et augmente le coefficient de frottement de la bande sur les pièces, et selon l'origine de la bande on risque d'avoir un risque de blocage mécanique. Mais pour les pièces en plastique et en caoutchouc, de l'alcool et des coton tiges.


PACKED : Quels sont les types de pannes que vous rencontrez le plus fréquemment ici au service de maintenance centrale ?

Michel Gouley : Il peut s'agir de têtes de lecture qui sont défectueuses ou de problèmes mécaniques, comme par exemple un moteur qui tombe en panne. Lorsque c'est le cas, on change tout simplement le moteur. Lorsque ce sont des cartes qui tombent en panne, je peux parfois les réparer, mais comme sur les machines récentes les circuits sont très fins, la plupart du temps je ne peux rien faire à part changer intégralement la carte. Il m'arrive de changer les condensateurs quand cela est possible et d'intervenir sur les circuits, mais de moins en moins à mesure que les circuits et les composants sont miniaturisés.


PACKED : Quand cela arrive, ce sont des pannes sur des équipement plus anciens donc ?

Michel Gouley : Oui, pour les anciennes machines. Par exemple nous avons des machines Betacam SP que nous avons achetées d'occasion et que je remet à neuf ici à la maintenance. Ce sont des machines que nous avons acheté 400 euros à des personnes qui voulaient s'en débarrasser, mais à l'origine, lorsqu'elles étaient neuves, elles valaient environ 30 000 euros. Là dessus, les cartes sont plus facilement réparables, car il s'agit de technologies datant du milieu des années 1980.

Une rénovation de ce type demande souvent entre trois et quatre jours, et c'est quelque chose que je fais uniquement quand j'ai du temps de libre en dehors des opérations de maintenance et de réparation courantes.


PACKED : Quelles sont les opérations de maintenances et les réparations courantes ?

Michel Gouley : Cela dépend fortement de l'âge de la machine et de sa durée de fonctionnement. Une réparation courante pour un lecteur Betacam SP par exemple comprend le remplacement des têtes de lecture, du galet presseur, le remplacement du moteur de cabestan et les moteurs de bobines. Ensuite, la prochaine fois que le même lecteur reviendra à la maintenance pour l'entretien, je changerai les mêmes pièces, mais aussi d'autre pièces comme le moteur pour les têtes de lecture.

C'est particulièrement le cas pour les magnétoscopes Digital Betacam et Betacam SX qui sont dans des robots et qui fonctionnent nuits et jours, on n'attend pas que la machine ait un problème pour intervenir. On sait que certaines parties vont être défectueuses à partir d'un certain moment, soit par expérience, soit en suivant les recommandations du constructeur. C'est pourquoi je change les têtes sur les machines utilisées dans les Flexicart environ tous les deux ans ce qui représente environ 3000 heures de lecture.


PACKED : Donc la maintenance et le remplacement des pièces sont fait selon une estimation ? Il s'agit de maintenance préventive ?

Michel Gouley : Oui, et pour une raison simple qui est que si nous attendons que les machines tombent en panne, on prend le risque qu'une machine défectueuse endommage une bande, ce qui n'est pas envisageable. À l'INA, la valeur des contenus est bien supérieure au prix d'une pièce de rechange, quel que soit cette pièce. L'INA n'est pas un musée des équipements, toutes les machines ici ont une seule et même fonction, sauvegarder les contenus de la meilleure manière qui soit sans mettre en danger les supports sur lesquels ils sont enregistrés.

De plus, sur les machines numériques, il y a aussi un systèmes de compensation qui effectue des calculs pour corriger les erreurs. Par conséquent, on ne voit pas les défauts et les problèmes venir, d'un jour à l'autre on peut être sorti des limites du système de correction sans avoir été prévenu au préalable par des indices lors de la lecture. Sur les machines analogiques en revanche, on voit le problème apparaître puis empirer, et on peut le prévenir plus aisément.


PACKED : Comment faites vous pour trouver les pièces et composants de rechange ?

Michel Gouley : Il y a un centre européen SONY pour les pièces détachées qui se trouve en Belgique4 car on ne paye pas d'impôts sur le stock en Belgique. Cependant, on ne peut plus avoir de têtes pour des vielles machines comme les lecteurs U-matic. Il existe certaines entreprises en Angleterre et aux États-Unis surtout, qui rechapent des têtes ; Ils suffit souvent de leur envoyer les tambours et ils y remettent des têtes. Mais cela n'est pas une solution idéale, dans la mesure où le disque du tambour est souvent usé ou rayé et que ses caractéristiques ne seront plus vraiment optimales.


PACKED : Un tambour en métal est-il si fragile que ça ?

Michel Gouley : Le diamètre d'un tambour peut perdre entre 10 et 15-20 microns5, et cela suffit à modifier les réglages du lecteur. La bande à un effet de papier de verre partout où elle passe dans la mécanique du lecteur. Même si sur une pièce en métal il s'agit d'une usure infime, le frottement permanent de la bande suffit à avoir une incidence, car les côtes sont très précises. De plus, une pièce usée va aussi déformer la bande.


PACKED : Donc vous possédez un important stock de pièces de rechange ?

Michel Gouley : La plupart du temps, il me reste du stock mais j'ai aussi des épaves dans lesquelles je puise ce qui manque ; "je déshabille Pierre pour habiller Jacques" en somme. Pour les machines obsolètes, c'est comme ça que l'on procède, on puise dans les cadavres. Mais le problème se pose déjà pour les formats plus récents comme le Digital Betacam. Sony a décidé de ne plus produire de pièces de rechange pour ces équipements, ce qui est très embêtant car c'est le format d'archivage de référence de l'INA. Étant donné qu'ils ont arrêté la vente des machines il y a sept ans, ils sont légalement en droit d'arrêter de produire des pièces. Nous sommes donc déjà en train de penser au stock dont on va avoir besoin.

J'ai aussi un stock de composants électroniques qui sont rangés par code constructeur. Chaque composant correspond à un code sur la notice, et lorsqu'un circuit est en panne on trouve la pièce grâce à ce code. Personnellement, j'utilise un livre de référence fait par Sony qui donne tous les équivalents entre les différents composants. Ensuite je commande la pièce sur internet, parfois elle est disponible en Belgique et autrement, elle vient du Japon.


PACKED : Par quel biais trouvez-vous les machines plus anciennes ?

Michel Gouley : Des "brokeurs", des revendeurs de matériel de broadcasting, des chaines de télévision ou des sociétés de production. Les "brokeurs" ont des contacts dans le monde entier, ce qui nous évite d'avoir à chercher nous même par eBay ou d'autres moyens.


PACKED : Comment est géré le stock des machines, le suivi des réparations et la maintenance des machines ?

Michel Gouley : Nous avons une base de données qui contient tous les équipements de l'INA. Cela va de l'oscilloscope au magnétoscope, en passant par les moniteurs, les télécinémas, etc… À chaque fois que l'on réalise une intervention sur du matériel ou qu'un équipement vient à la maintenance centrale, cela est enregistré dans la base de données. Chaque machine a une référence et une sorte de carnet de santé avec les pièces qui ont été changées, les anomalies rencontrées quand il y en a eues, ainsi qu'un compteur pour savoir combien d'heures a tournées la machine.


PACKED : Est-ce l'INA qui a développée cette base de données ?

Michel Gouley : Non, pas celle que nous utilisons actuellement. En fait, depuis quelques semaines nous utilisons un système développé par la société éditrice de logiciel KIMOCE6 qui se trouve à Mulhouse, qui développe des applications de GMAO7 et qui a développé le logiciel DAGOBA8 en fonction des besoins de l'INA. DAGOBA est une base de données qui contient tous les équipements se trouvant à l'INA et pas uniquement les lecteurs vidéo. Avant cela, nous avions une base de données développée en interne sur Access9 avec une interface en Visual Basic10.


PACKED : Combien de lecteurs vidéo possédez-vous à l'INA ?

Michel Gouley : Si j'interroge la base de données maintenant, je vois que nous avons 1129 lecteurs pour différents types de formats allant du 1 pouce au Digital Betacam.


PACKED : Est-ce que les machines "épaves" sont aussi cataloguées dans la base de données ?

Michel Gouley : Oui, elles le sont, cependant elles sont considérées comme rebuts.


PACKED : Sur quel documentation vous appuyez-vous pour maintenir vos appareils, comment est-elle organisée ?

Michel Gouley : Notre base de travail pour la maintenance et la réparation sont les manuels fournis par les constructeurs. Nous possédons les manuels sous forme imprimée, et nous possédons aussi une application distribuée sur CD-Rom qui contient les documentations en versions électroniques. Chaque année nous nous abonnons au site Sony Assist11 qui permet de trouver des manuels. Sur ce site on trouve aussi répertoriées les anomalies les plus connues par machine et la manière d'y remédier. C'est une aide à la maintenance sans pour autant être une "recette" exacte, car ce n'est pas parce que vous rencontrez tel problème que l'origine va toujours être celle répertoriée sur le site.


PACKED : La documentation est-elle obtenue en même temps que les équipements ?

Michel Gouley : En fait la politique de l'INA n'est pas d'acheter la notice technique au moment de l'achat de l'équipement. La plupart du temps, on achète le manuel une fois qu'on en a besoin, c'est à dire quand l'équipement est en panne. Cela est en partie dû au changement de politique des constructeurs, qui auparavant fournissaient systématiquement une notice technique lors de la vente d'un appareil, alors qu'aujourd'hui, ils les font payer chacune environ 500 euros, ce qui par conséquent augmente le prix du matériel directement de 500 euros. Même le manuel de l'utilisateur n'est très souvent plus sous forme papier mais sous la forme d'un CD-Rom, ce qui permet bien évidemment aux constructeurs de réaliser encore plus d'économies.


PACKED : Avez-vous vos propre notes de maintenance ?

Michel Gouley : Oui, il arrive que je fasse certaines notes sur les documentations existantes, car un même problème peut revenir à deux ou trois ans d'intervalle. Souvent on constate qu'il s'agit d'un problème de conception de l'appareil et c'est la raison pour laquelle les problèmes sont souvent récurrents.


PACKED : Existent-ils des différences entre les différents constructeurs et/ou modèles lorsqu'il s'agit de conception des machines ?

Michel Gouley : Oui, par expérience, je dirais que les équipements Sony ont toujours eu une mécanique très simple et très robuste, ce sont celles sur lesquelles on rencontre le moins ce genre de problèmes. Un lecteur Betacam multiformats comme nous en utilisons pour la numérisation dans les Flexicart par exemple, est conçu avec un châssis en fonte d'aluminium moulé très solide. Ceci est important, car il ne faut pas que la chaleur générée par l'utilisation de la machine puisse déformer cette base à partir de laquelle les cotes sont établies. À l'inverse, les premiers magnétoscopes qui ont été fait en Europe étaient de véritables "usines à gaz" pourvues de mécaniques toujours compliquées. Cette supériorité est aussi très certainement dû au fait que Sony avait déjà au préalable acquis une expérience avec les magnétoscopes U-matic.

C'est la même chose pour les schémas, chaque constructeur à sa façon de structurer un schéma et de dessiner les composants. D'une marque à l'autre la logique est parfois très différente. Là encore, les schémas de Sony ou de Thomson sont généralement plus facilement utilisables que ceux de Panasonic par exemple, qui sont eux vraiment complexes à suivre et où le cheminement entre les différents composants ne se fait pas toujours aisément lors d'une réparation.

Gérard Mathiot : Cependant, et cette fois ci à la décharge des constructeurs, concernant les machines plus récentes, il faut noter que plus les machines sont complexes, plus les schémas électroniques sont complexes. À une époque, chaque carte avait une planche, car chaque carte avait une fonction. Aujourd'hui les cartes sont tellement multi-fonctions que les schémas sont obligatoirement découpés en plusieurs pages, ou alors les informations sont tellement petites qu'il devient difficiles de les déchiffrer. Lorsqu'un schéma fait jusqu'à sept pages, on peut avoir l'impression de jouer à un jeu de piste.


PACKED : Avez-vous aussi des problèmes avec les moniteurs ?

Gérard Mathiot : Non, pas vraiment. Le seul problème que nous ayons c'est l'évolution qui fait que les écrans plats remplacent les tubes cathodiques et que la qualité est véritablement différentes. Sinon les problèmes techniques sont rares. En dix ans les moniteurs ne connaissent pas de gros problèmes.


Les différentes étapes de sauvegarde d'un contenu de sa numérisation et de sa communication. (Photo : clubic.com).


III. Numérisation, stockage et communication.



PACKED : Quand doit-être terminée la sauvegarde de toutes les archives vidéo ?

Gérard Mathiot : La fin de la sauvegarde et de la numérisation est prévu pour 2015, c'est à dire dans 5 ans.


PACKED : L'INA possède-t-elle aussi les archives des retransmissions quotidienne de la télévision ?

Gérard Mathiot : Oui, à une époque il y avait un parallèle antenne sur U-matic 3/4 déposé chaque jour à L'INA par les chaines de télévision. Cela fut ensuite remplacé par des parallèles antenne sur Betacam. Aujourd'hui, nous avons un système de captation en direct qui nous permet de numériser la retransmission instantanément et d'en faire un fichier.


PACKED : Vous avez parlé d'un site miroir12 où une copie des contenus numérisés seront conservés. Cela sera-t-il réalisé sur disque dur ou sur bandes LTO13?

Gérard Mathiot : Il y a encore beaucoup de discussion dans le monde de l'archivage sur cette question. Certes la technologie des disques durs nous permet aujourd'hui de stocker beaucoup plus d'information dans beaucoup moins d'espace et à des coûts toujours moins élevés. Or un autre argument tend lui à penser que nous avons une expérience dans les supports magnétiques que nous n'avons pas avec les supports de stockage comme les disques dur. De plus, un stockage sur bande LTO ne consomme de l'énergie que quand l'archive est sollicitée, alors qu'un disque dur lui consomme en permanence de l'électricité. Le fait que le service informatique ait participé aux décisions a fortement influencé le choix, car leur culture n'est pas ancré dans la bande mais dans le disque dur.


PACKED : Comment sont effectuer les contrôles de qualité ?

Gérard Mathiot : Le contrôle qualité est un maillon important de notre chaine. La numérisation vient après l'étape que l'on nomme préservation, c'est à dire le transfert vers un format plus pérenne, en l'occurrence le Digital Betacam. Un contrôle de qualité a donc lieu à l'issu des transferts sur Digital Betacam, afin de s'assurer que la bande Digital Betacam est de bonne qualité, mais aussi bien sûr que le transfert est de bonne qualité. On ne peut pas tout vérifier, donc nous effectuons des vérifications par "sondage" des transferts effectuez en interne ou externalisés, comme nous le faisons par exemples pour des transferts issus de télécinéma.


PACKED : Les contenus sont-ils restaurés si la qualité laisse à désiré ?

Gérard Mathiot : Dans l'immédiat de la sauvegarde, on ne cherche pas à restaurer les contenus, mais à les transférer tels quels en veillant simplement à ne pas ajouter de problèmes supplémentaires à ceux qui sont déjà présents. La sauvegarde est faite « en l'état » en réglant la machine au mieux. La restauration, si elle a lieu se fera dans le futur à la demande d'un client qui souhaite montrer une archive avec moins d'imperfections. Dans ce cas là, une participation financière du client est souvent sollicitée.


PACKED : Comment s'effectue la numérisation ?

Gérard Mathiot : D'abord, on vérifie le contenu de chacune des cassettes, non dans leur entièreté, mais simplement les moments particuliers, c'est à dire les premières et dernières images utiles. Toutes ces cassettes sont placées dans des robots, des Flexicart de SONY, qui sont à l'origine des robots de diffusion que nous utilisons ici en lecture pour la numérisation. Aujourd'hui ils ne sont plus fabriqués, c'est pourquoi nous en achetons dès que l'occasion se présente. On y met des cassettes de la famille Betacam, aussi bien des Betacam, que des Betacam numériques ou des Betacam SX. Ces cassettes, si elles ne viennent pas d'être fabriquées à la sauvegarde, sont des contenus qui étaient déjà sur un format Beta exploitable pour la numérisation. Le robot contient des lecteurs compatibles avec tous ces formats, qui sont capables de les différencier. Le bras du robot, après avoir lu le code barre de la cassette, va la mettre dans le lecteur en identifiant que c'est celle-ci qu'il faut prendre en premier. Lorsqu'une cassette est mise dans un lecteur, la lecture se fait en temps réel, si la cassette dure une heure alors le processus de numérisation dure par conséquent lui aussi une heure.

Les signaux vidéo et audio sont envoyés vers un encodeur14 qui est muni de deux cartes. Une carte va traiter le mpeg-1 et une carte le mpeg-2 et tout ça va dans la salle où on stocke toutes les informations sous forme de fichiers, soit actuellement environ 430 000 heures de télévisions et 230 000 heures de radio stockées sur LTO ou disque dur. Le travail se fait de manière semi-automatique une fois que les cassettes sont chargées dans les Flexicart, la numérisation s'effectue toute seule.

Et lorsqu'il y a une urgence, il suffit de changer la date dans le système de gestion informatique et indiquer au système qu'il fallait la bande pour hier, pour que celle-ci passe en priorité. Ce qui arrive de moins en moins dans la mesure où la plupart des archives qui sont le plus demandées sont d'ors et déjà numérisées. Pendant la journée, des techniciens contrôlent la qualité de lecture et de codage pendant la numérisation. Ensuite, le matin, lorsque les machines ont marché toute la nuit, les techniciens vérifient tous les fichiers un par un, mais pas dans leur intégralité, en effectuant ici aussi un sondage. On évite jamais à 100% les défauts, mais on réduits les risques au maximum.


PACKED : Dans quels formats les contenus sont-ils numérisés et stockés ?

Gérard Mathiot : Au moment de la numérisation deux types de fichiers sont créés, un fichier haute résolution MPEG-215 8MB et un fichier basse résolution MPEG-116. Le fichier basse résolution servira pour internet et le fichier haute résolution pour fournir l'archive au client qui désire l'utiliser.


PACKED : Sur quels supports ces fichiers sont-ils stockés ?

Gérard Mathiot : Tout cela est stocké sur bande LTO et sur disques durs. Au départ la décision prise était de stocker sur des bandes magnétiques informatiques SONY DTF17 , et c'est pourquoi on retrouve ici encore aujourd'hui des robots pour ce type de bandes. Or quelques années après que nous ayons choisi ce format, SONY a décidé de ne plus produire ce type de bande.

Actuellement, le MPEG-2 est stocké sur bande magnétique LTO depuis que le DTF n'existe plus. On stocke 108 heures de programmes avec la LTO3 et la LTO5 à laquelle on va passer – car nous ne sommes jamais passé à la LTO4 – pourra stocker 400 heures de programmes. L'avantage du LTO est que c'est un format ouvert, produit par plusieurs fabricants et que cela limite le risque d'être pieds et poings liés à un unique fournisseur comme ça a été le cas avec le format DTF de SONY.

Si la climatisation tourne en permanence ici, c'est parce qu'elle est là pour refroidir l'informatique. Quant à la maintenance du système de stockage c'est la société qui nous l'a vendu qui l'effectue.


Bandes LTO. (Photo : clubic.com).


PACKED : Le bâtiment où sont stockées toutes ces données est-il sécurisé ?

Gérard Mathiot : Il y a des groupes électrogènes pour les disques durs et la climatisation. Un système de sécurité qui élimine grâce à des bombonnes de gaz l'oxygène du lieu en cas d'incendie. De plus, un nombre limité de personnes est autorisé à rentrer ici grâce à un lecteur d'empreintes digitales.


PACKED : Ces données devront êtres migrées elles aussi à un moment ou à un autre.

Gérard Mathiot : Oui, une fois que les bandes LTO auront beaucoup servi, on pourra décider de les recopier vers le format du moment. Or, contrairement au transfert de bandes à bandes vidéo originales, ce ne sera plus fait en temps réel, la procédure sera bien plus rapide.


PACKED : Comment sont fournies et communiquées toutes les archives aux clients ?

Gérard Mathiot : Après validation par la direction juridique, que l’INA possède les droits sur le programme à communiquer, la direction commerciale valide la commande, puis une copie de l'archive est faite et envoyée au client. Cette copie est effectuée à partir des séquences en MPEG-2 stockées sur les bandes LTO et lues par le robot. Plus le temps va passer plus nous aurons de livraison de fichiers et de moins en moins de livraisons de DVD ou de cassettes.


La salle de stockage de données sur disques durs et bandes LTO. (Photo : clubic.com).


PACKED : En quel format cette copie est-elle envoyée ?

Gérard Mathiot : C’est au SNC que sont réalisées les copies sur cassettes Betacam numérique, Betacam SP, ou sur DVD. Depuis la section de communication d’urgence, on peut envoyer le programme directement au client sous forme de fichier sans support physique. À terme, lorsque tous nos clients seront équipés pour recevoir des fichiers, la production de cassettes et de DVD sera plus marginale.


PACKED : Lorsque les Betacam numériques seront toutes numérisées pour définitivement remplacer la bande par un fichier d'archivage, est-ce que ce sera dans un format de fichier non compressé18 ?

Gérard Mathiot : Actuellement le MPEG-2 réalisé à partir des cassettes Betacam numériques est un format compressé. Lorsque nous avons une restauration à effectuer, nous sommes obligé de repartir de la cassette Betacam numérique qui contient un maximum d’information. Une bonne restauration ne peut être effectuée que s'il y a assez d'informations, car les outils de restauration sont de plus en plus performants et nécessitent d’avoir le maximum de détails.

Nous menons actuellement une réflexion et une étude sur le format de préservation à adopter pour remplacer la cassette Betacam numérique, car elle aussi sera bientôt obsolète.

Cliquez ici pour lire la première partie de l'interview.


Notes :

1 - L'INA est en charge du dépot légal de 88 chaines de télévisions ainsi que de 17 chaines de radio françaises. Voir : www.ina-entreprise.com/entreprise/activites/depot-legal-radio-tele/index.html. L'INA est un EPIC, un Établissement Public à caractère Industriel et Commercial. Ses fonds ne sont ni uniquement public, ni uniquement commerciaux. L'activité de l'établissement est limitée au service public qu'il a pour mission de gérer. Ainsi, il ne peut pas employer ses biens et son patrimoine à d'autres activités, sauf si celles-ci concourent, même indirectement, au service public qui lui est confié.
2 - Le SNC est le département de Sauvegarde, de Numérisation et de Communication de l'INA.
3 - Un Flexicart Sony, est un robots qu'il est possible de commander par informatique pour effectué des taches automatisées avec plusieurs lecteurs ou enregistreurs vidéo, telles l'enregistrement simultané sur plusieurs support d'un même signal ou la lecture de plusieurs bandes selon des critères prédéfinis et programmés.
4 - Ce centre de pièces détachées est situé à Zaventem en Belgique.
5 - Le micron est l'ancien nom du micromètre qui équivaut à 10-6 mètre soit 0,000 001 mètre ou encore 0,001 millimètre.
6 - Créé en 1991, KIMOCE est un éditeur français de logiciels de gestion.
7 - Un logiciel de GMAO (Gestion de la maintenance assistée par ordinateur) est une méthode de gestion destinée aux services de maintenance d'une entreprise afin de l'aider dans ses missions, il sert à la gestion de la maintenance préventive, prédictive, curative et réglementaire, des stocks, des achats et du personnel.
8 - DAGOBA est le nom choisit par l'INA pour son système de GMAO développé par KIMOCE.
9 - Lancée en 1992, Microsoft Access ou MS Access (officiellement Microsoft Office Access) est un système de gestion de base de données relationnelle édité par Microsoft. Il fait partie de la suite bureautique MS Office Pro.
10 - Visual Basic est un langage de programmation qui permet de créer des applications graphiques de façon simple. La première version de Visual Basic, VB 1.0 fut lancée en 1991. VBA,Visual Basic pour Applications, est une version de Visual Basic directement applicable aux logiciels Word, Excel, Access, ou tout autre programme utilisant VBA.
11 - Sony Assist est un logiciel édité par SONY à l'attention des techniciens, grâce auquel ils peuvent avoir accès aux manuels des équipements de la marque.
12 - En informatique, un miroir est une copie exacte d'un ensemble de données. Le site miroir est généralement physiquement éloigné des données copiées, afin d'assurer une sécurité de l'archivage plus importante. Le miroir d'un site web par exemple, sera la copie exact des données du site mais sur un serveur différent.
13 - Le LTO est l'acronyme de Linear Tape-Open, un format ouvert développé à la fin des années 1990 pour le stockage des données sur bandes magnétiques. Il est vite devenu un standard et le format le plus utilisé pour conserver des données. La dernière version est le LTO-5 arrivé en 2008 avec 1,5 To de capacité et un débit à 140 Mo/s. Le LTO-6 prévoit d'avoir une capacité de 3,2 To et un débit 270 Mo/s.
14 - Un encodeur audio/vidéo logiciel, aussi appelé codec, transforme les informations en données informatiques compressées.
15 - MPEG-2 est la norme de seconde génération (1994) du Moving Picture Experts Group qui fait suite à MPEG-1. MPEG-2 définit les aspects de compression de l’image et du son et le transport à travers des réseaux pour la télévision numérique. Ce format vidéo est utilisé pour les DVD et SVCD avec différentes résolutions d’image, et dans la télédiffusion numérique par satellite, câble, réseau de télécommunications ou hertzien.
16 - Le MPEG-1 est une norme de compression vidéo et audio définie par le standard ISO/IEC-11172, élaborée par le groupe MPEG en 1988. La norme MPEG-1 représente chaque image comme un ensemble de blocs 16 × 16. Elle permet d'obtenir une résolution de 352×240 pixels à 30 images par seconde en NTSC et de 352×288 pixels à 25 images par seconde en PAL/SECAM. Le MPEG-1 permet d'obtenir des débits de l'ordre de 1,2 Mbit/s.
17 - DTF pour Digital Tape Format est un format de bande pour le stockage de données développé par Sony. Il est constitué d'une cassette contenant une bande d' 1/2 pouce. Il y a eu deux version du DTF, le DTF-1 et le DTF-2, ainsi que deux tailles différentes de cassette, S et L. Sony a aujourd'hui complètement arrêté la production de ce format.
18 - La compression vidéo est une méthode de compression de données, qui consiste à réduire la quantité de données, en limitant au maximum l'impact sur la qualité visuelle de la vidéo. L'intérêt de la compression vidéo est de réduire les coûts de stockage et de transmission des fichiers vidéo. Si avec une compression lossless, aucune données n'est perdu, avec une compression avec perte (lossy), un risque de pertes d'information existe. Un format de video non-compressé conserve lui l'ensemble des bits du signal original.

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